Brest \u2013 Carhaix (lundi 17 ao\u00fbt)<\/p>\n
D\u00e9part encore une fois laborieux. Pas facile cette route jusqu\u2019\u00e0 Landerneau et Sizun, le plus souvent en portion montante, que j\u2019effectue seul, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un groupe d\u2019une vingtaine d\u2019unit\u00e9s me rattrape avant d\u2019aborder la longue mont\u00e9e nous menant \u00e0 Roc Tr\u00e9vezel. Ce qui n\u2019est pas fait pour me d\u00e9plaire, \u00e0 condition de basculer avec eux au sommet des monts d\u2019Arr\u00e9e. Je pourrais ensuite aborder la descente sur Carhaix avec le groupe, ce qui devrait me faire gagner du temps. Mais alors que j\u2019ai bien suivi sans trop de mal, \u00e0 la faveur d\u2019une c\u00f4te avant Carhaix, je ne peux suivre le groupe, et fini \u00e0 ma main les derniers kilom\u00e8tres qui me s\u00e9parent de cette ville. Il est 21h05 lorsque je me pr\u00e9sente au pointage<\/a>. J\u2019ai encore \u00bd heure d\u2019avance sur mon planning, mais je compte m\u2019arr\u00eater pour un bon repas chaud et peut \u00eatre dormir un peu. Carhaix \u2013 Loud\u00e9ac (mardi 18 ao\u00fbt)<\/p>\n Comme pour l\u2019\u00e9tape pr\u00e9c\u00e9dente, un petit peloton me rattrape assez t\u00f4t apr\u00e8s Carhaix, ce qui me permet, sur ces petites routes du centre Bretagne o\u00f9 nous croisons continuellement des groupes de concurrents sur le trajet aller, de ne pas \u00e0 avoir \u00e0 chercher ma route, et de rallier Loud\u00e9ac sans histoires. Mais, que la nuit est fra\u00eeche\u2026 Je grelottais dans toutes les descentes et exceptionnellement j\u2019\u00e9tais content de monter des bosses. 780 kms au compteur, il est 5 heures et le jour ne tardera pas \u00e0 venir maintenant. Je m\u2019arr\u00eate un petit \u00bc d\u2019heure<\/a> pour me ravitailler, rajouter des manchettes par-dessus ma veste, car je crains le froid au lever du jour, avant de repartir vers Tint\u00e9niac.<\/p>\n Loud\u00e9ac \u2013 Tint\u00e9niac (mardi 18 ao\u00fbt)<\/p>\n Il est 05h17 lorsque je reprends la route vers Tint\u00e9niac et ce n\u2019est pas les grosses chaleurs. A cette heure matinale, Les landes de Menez ne sont travers\u00e9es que par des cyclistes. Des bancs de brouillard se forment, qui jettent un froid quand on entre dedans. J\u2019ai de tr\u00e8s bonnes jambes en ce d\u00e9but d\u2019\u00e9tape et j\u2019en profite pour rouler. Nous sommes plusieurs mais tous un par un, les uns derri\u00e8re les autres, s\u00e9par\u00e9s parfois seulement par une cinquantaine de m\u00e8tres. Cette \u00e9tape n\u2019est pas tr\u00e8s dure, \u00e0 part le passage avant Becherel, mais, ai-je \u00e9t\u00e9 trop prodigue en d\u00e9but d\u2019\u00e9tape? Apr\u00e8s Quedillac je me fais l\u00e2cher du petit groupe que j\u2019avais int\u00e9gr\u00e9 du cot\u00e9 de Saint-Meen-le-Grand et n\u2019ai plus qu\u2019\u00e0 continuer seul jusqu\u2019\u00e0 Tint\u00e9niac. Je passe tant bien que mal la c\u00f4te de Saint-Pern avant de rallier Tint\u00e9niac vers 9 heures<\/a>, avec le soleil qui pointe le bout de son nez\u2026 Ce n\u2019est pas trop t\u00f4t.<\/p>\n Tint\u00e9niac \u2013 Foug\u00e8res (mardi 18 aout)<\/p>\n Le temps d\u2019avaler un petit d\u00e9jeuner copieux, 09h24, il me faut repartir vers Foug\u00e8res o\u00f9 j\u2019arrive en terrain connu. Etape sans grandes difficult\u00e9s, \u00e0 part la c\u00f4te de Vieux-Vy. Je roule seul au cours de cette \u00e9tape, personne \u00e0 l\u2019horizon, jusqu\u2019\u00e0 Feins o\u00f9 un groupe de copains viennent \u00e0 ma rencontre et m\u2019escortent jusqu\u2019\u00e0 cette c\u00f4te de Vieux-Vy, o\u00f9 je ne peux malheureusement les suivre, n\u2019ayant plus beaucoup de forces. Marc Buffet, un copain cycliste de longue date d\u00e9cide de m\u2019accompagner jusqu\u2019\u00e0 Foug\u00e8res et je lui en suis reconnaissant, car je n\u2019ai vraiment plus rien dans les chaussettes. Apr\u00e8s Romagn\u00e9, nous sommes stopp\u00e9s par un accident. Un cycliste participant \u00e0 ce PBP s\u2019est fait renverser par une voiture et cela \u00e0 l\u2019air s\u00e9rieux. Ce qui donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Une telle \u00e9preuve, avec son nombre important de kilom\u00e8tres ainsi que d\u2019engag\u00e9s n\u2019est pas toujours sans danger (Nous apprendrons, d\u2019ailleurs le lendemain, le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un participant du c\u00f4t\u00e9 de Loud\u00e9ac, victime d\u2019une crise cardiaque). Je suis content d\u2019arriver \u00e0 Foug\u00e8res, les \u00be du parcours effectu\u00e9s. Il est 11h43, j\u2019avais pr\u00e9vu ici le petit d\u00e9jeuner, mais vu mon retard, c\u2019est le d\u00e9jeuner tout court que je vais prendre. Foug\u00e8res \u2013 Vilaines-la-Juhel (mardi 18 ao\u00fbt)<\/p>\n Il est 13h50 lorsque je reprends la route<\/a>. J\u2019aurais pass\u00e9 2 heures \u00e0 Foug\u00e8res\u2026 Mais il me fallait souffler, j\u2019en avais besoin. Si je me base sur 2011, je repars \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame heure, donc rien d\u2019alarmant, je suis encore sur de bonnes bases. Passage d\u00e9licat d\u00e8s le d\u00e9part avec pas moins de 4 c\u00f4tes jusqu\u2019\u00e0 Mont-Romain. Gilbert et Marie-Annick m\u2019attendent du cot\u00e9 de Laignelet pour prendre des photos afin de les mettre sur le site de la SCTL. Je m\u2019arr\u00eate un instant, le temps d\u2019un petit bisou. Villaines-la-Juhel, il est 17h50, toujours le m\u00eame accueil et les applaudissements de la part d\u2019un public nombreux. J\u2019ai h\u00e2te de retirer mes chaussures, la plante des pieds me br\u00fble. Il me faut aussi manger copieusement<\/a> avant la derni\u00e8re nuit o\u00f9 je ne m\u2019arr\u00eaterais peut \u00eatre pas beaucoup. Villaines-la-Juhel \u2013 Mortagne au Perche (mardi 18 ao\u00fbt)<\/p>\n D\u00e9part un peu laborieux. J\u2019essaie de rattraper deux dames devant moi, mais elles vont trop vite, je dois les laisser partir. Quelques concurrents me d\u00e9passent de temps \u00e0 autre, chacun roulant seul, \u00e0 son rythme. Depuis le d\u00e9part de cette \u00e9tape, mon portable n\u2019arr\u00eate pas de sonner, je stoppe m\u00eame un instant dans le bourg Saint-Paul-le-Gaultier voir si ce n\u2019est pas Olivier qui essaie de me joindre. J\u2019apprendrais plus tard que c\u2019\u00e9tait ma ni\u00e8ce, Virginie, qui tenait tellement \u00e0 m\u2019encourager, ainsi que mon pote, Jacky de Bell\u00eame qui veut s\u2019informer de mon heure d\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Mortagne. Mortagne-au-Perche \u2013 Dreux (mardi 18 ao\u00fbt)<\/p>\n 23h07, je repars avec un petit groupe, en majorit\u00e9 des italiens. J\u2019ai de bonnes jambes et c\u2019est moi qui le plus souvent assure le rythme dans les longues c\u00f4tes entre Mortagne et Longny-au-Perche. Avec un des italiens sur v\u00e9lo couch\u00e9, nous prenons m\u00eame quelques centaines de m\u00e8tres sur le reste du groupe, et c\u2019est coll\u00e9 \u00e0 la roue de ce concurrent que je traverse pleine balle le bourg de Longny. Mais une dizaine de kilom\u00e8tres plus loin, \u00e0 Moutiers-au-Perche, plus de balisage. Nous ne sommes plus sur la bonne route et descendons plein sud vers Nogent-le-Rotrou. J\u2019ai suivi cet italien ainsi que le reste du groupe dont j\u2019aper\u00e7ois les \u00e9clairages \u00e0 quelques hectom\u00e8tres derri\u00e8re nous. Dreux \u2013 Saint-Quentin (mercredi 09 ao\u00fbt)<\/p>\n
\nOlivier et Gilbert m\u2019attendent et ont dress\u00e9s la table, mais d\u2019un commun accord, vu la fra\u00eecheur qui tombe nous d\u00e9cidons d\u2019aller prendre un bon repas en salle. Manger au chaud me fera du bien. J\u2019ai le plaisir de rencontrer l\u00e0-bas deux anciens louvign\u00e9ens, copains de v\u00e9lo de jeunesse, ce qui nous ram\u00e8ne aux ann\u00e9es 70 et \u00e0 nos d\u00e9buts de coureurs cycliste (Les fr\u00e8res Doudard, Jean-Yves, qui habite Angers et son fr\u00e8re Patrick qui vit en Martinique depuis de nombreuses ann\u00e9es).
\nLe repas termin\u00e9, je d\u00e9cide, comme pr\u00e9vu d\u2019aller me reposer un peu sous la toile de tente dress\u00e9e \u00e0 m\u00eame le trottoir, mais l\u00e0, nous avons tout faux\u2026 Trop de bruit, nous sommes gar\u00e9s sur une voie de d\u00e9gagement, o\u00f9 passent et repassent les v\u00e9hicules sans discontinuer et, dans ces conditions, il est impossible de fermer l\u2019\u0153il. Il aurait \u00e9t\u00e9 plus judicieux de nous \u00e9loigner un peu, ou de rouler une heure de plus jusqu\u2019\u00e0 Saint-Nicolas-du-Pelem, comme me l\u2019avait sugg\u00e9r\u00e9 un concurrent au cours de notre repas, mais je n\u2019en ai pas eu le courage et au bout d\u2019une heure, ne pouvant dormir, je d\u00e9cide de reprendre la route, me disant que finalement, dans ces conditions, autant rouler. Malgr\u00e9 tout, c\u2019est une heure de perdue pour des prunes. Il est 1 heure du matin lorsque, grelottant je reprends la route vers Loud\u00e9ac<\/a>. J\u2019aurais pass\u00e9 2 heures ici, beaucoup de temps de perdu et un gros retard pris sur ma feuille de route. Je me doutais bien que je ne pourrais tenir les 56 heures, mais moins de 60 heures est encore envisageable. Allons-y, nous verrons bien\u2026<\/p>\n
\nInutile de vous dire que je suis accueilli comme il se doit. Mon fr\u00e8re Gilbert, Marie-Annick, la plupart de mes copains cyclistes, les membres du club. Il me faut poser pour la traditionnelle photo souvenir, sans trop perdre de temps. J\u2019ai envie d\u2019une bonne douche (la premi\u00e8re depuis le d\u00e9part) d\u2019un bon repas, et pourquoi pas, d\u2019une petite sieste, Tant pis pour le temps, nous verrons plus tard. Il me faut recharger les batteries.
\nDouche donc, puis repas en compagnie des deux Gilbert<\/a> (mon fr\u00e8re et mon cousin), d\u2019Olivier, et Marie-Annick, ma belle-s\u0153ur (Petite contrari\u00e9t\u00e9 au passage, mais qui se r\u00e9glera le temps venu). Puis, en route pour une petite sieste<\/a> d\u2019une \u00bd heure qui me fera le plus grand bien. Il est 13h30 quand Olivier vient me r\u00e9veiller, je dormais profond\u00e9ment et n\u2019ai m\u00eame pas entendu mon portable sonner.<\/p>\n
\nIl fait assez chaud et lourd, ce qui ramolli les guibolles, de plus j\u2019ai une soif de loup et je dois refaire le plein de mes bidons d\u00e9j\u00e0 vides avant Gorron. Je profite d\u2019un petit stand mont\u00e9 par un b\u00e9n\u00e9vole, qui, tout content de me voir, s\u2019empresse de me remplir mes bidons et au passage, me propose une part du cake qu\u2019il a confectionn\u00e9 lui m\u00eame\u2026 Tr\u00e8s bon son cake.
\nLe temps de ce petit arr\u00eat, je suis rattrap\u00e9 par 4 allemands bien costauds, roulant \u00e0 bonne allure. Belle aubaine, je n\u2019ai vu personne depuis Foug\u00e8res. Ces grands gaillards ne me demandent m\u00eame pas de les aider, alors, je reste dans leurs roues, jusqu\u2019\u00e0 Ambri\u00e8res o\u00f9 ils stoppent pour acheter du ravitaillement. Je continue seul jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils me rattrapent de cot\u00e9 de Lassay. Je me replace dans leur sillage, car j\u2019appr\u00e9cie leur compagnie ainsi que leur fa\u00e7on de progresser sans \u00e0-coup, ce qui me convient parfaitement.
\nDans la descente vers Hardanges, l\u2019un d\u2019entre eux est victime d\u2019un probl\u00e8me m\u00e9canique. Je continue donc seul, Villaines n\u2019est pas loin. 12 kms que j\u2019effectue vitesse grand-V. Bizarre\u2026 Depuis Foug\u00e8res, je n\u2019ai pu monter aucune c\u00f4te que sur le 39 dents, ces derniers kilom\u00e8tres avant Vilaines, je passe tout grand plateau. Aurais-je retrouv\u00e9 des ailes ?<\/p>\n
\nLes gens sont tr\u00e8s sympa ici, ce qui nous donneraient envie de rester. On me propose un petit massage, et je ne peu r\u00e9sister. Alors l\u00e0 c\u2019est le top! Pris en main par deux personnes, jambes, dos, cervicales\u2026 La totale quoi. Pour un peu, je me serais endormi sur la table de massages, et quel bien fou\u2026 Je peux vous dire que cela retape son homme.
\nC\u2019est frais et dispo que je reprends la route vers Mortagne aux alentours de 18h40. J\u2019aurais pass\u00e9 presque une heure ici, mais je ne le regrette pas.<\/p>\n
\nApr\u00e8s Fresnay-sur-Sarthe, ce sont 30 kms de lignes droites. De loin en loin devant moi j\u2019aper\u00e7ois quelques concurrents, tous un par un. A l\u2019approche de Mamers, la nuit commence \u00e0 tomber et le frais qui va avec. Il ne va pas falloir que je m\u2019attarde, car je suis en collant et maillot manches courtes.
\nJe ne tra\u00eene pas non plus, et comme pour le final de l\u2019\u00e9tape pr\u00e9c\u00e9dente, \u00e0 partir de Mamers, je retrouve des jambes de feu, et rattrape m\u00eame une partie ceux qui m\u2019avaient devanc\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. C\u2019est sur cet \u00e9lan que j\u2019aborde la longue mont\u00e9e de Montagne, n\u2019en faisant qu\u2019une bouch\u00e9e. 1100 kms au compteur, il est 22h30<\/a>, on avance. Il me reste, en gros 140 kms \u00e0 parcourir, mais de nuit. J\u2019esp\u00e8re ne pas les faire seul. Si tout va bien, je peux encore esp\u00e9rer rallier Saint Quentin vers 04h00 demain matin, et faire moins de 60 heures.<\/p>\n
\nLe pi\u00e8ge\u2026 Je demande alors ma route \u00e0 un automobiliste qui m\u2019indique, dans 3 km \u00e0 gauche, La-Madeleine-Bouvet. Tout le monde suit, sans trop de conviction. Arriv\u00e9 au pays, pas trop d\u2019indications, tout le monde h\u00e9site, alors je fais un petit tour plus loin. Le temps de chercher un peu, revenu \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village, plus personne, je me retrouve seul, et \u00e0 ce moment, au lieu de consulter ma feuille de route, j\u2019ai l\u2019intime conviction l\u2019on doit passer par La-Fert\u00e9-Vidame, alors qu\u2019il faut passer par Senonches, ce qu\u2019a fait le groupe qui a du partir \u00e0 droite, (8 kms en plus) tandis que je pars \u00e0 gauche pour remonter plein nord. (13,500 kms en plus). Il aurait \u00e9t\u00e9 plus judicieux de les suivre\u2026
\nJe remonte donc vers La-Fert\u00e9-Vidame, inquiet, ne voyant ni cycliste ni balisage, et pour cause\u2026 mais convaincu que je dois y arriver, ayant fait cette route 15 jours plus t\u00f4t en me rendant \u00e0 Brueil-en-Vexin en compagnie de Daniel Manceau, en pr\u00e9paration de ce PBP.
\nJe rejoins Dreux<\/a> et son atmosph\u00e8re glauque \u00e0 03h43 du matin\u2026 Au-del\u00e0 de mes 13,500 kms de rallonge, j’ai perdu \u00e9norm\u00e9ment de temps dans cette affaire. Du temps et beaucoup d\u2019\u00e9nergie. Olivier et Gilbert qui m\u2019attendent, frigorifi\u00e9s dehors depuis \u00be h ne comprennent pas, quand je leur dit que j\u2019avais de supers jambes : ma moyenne n\u2019est que de 16,500 km\/h!<\/p>\n